Aups, Occupation, Résistance, Libération.


Vue aérienne de Aups, on distingue parfaitement la "Villa Rose" en haut à droite de la photo, où Millet et Duchatel furent tués.
Vue aérienne de Aups, on distingue parfaitement la "Villa Rose" en haut à droite de la photo, où Millet et Duchatel furent tués.

Aups est une petite bourgade du haut Var Ouest. A l’époque de la guerre, il s’agissait à la fois d’une commune rurale vivant de l’agriculture (oléiculture, élevage, viticulture) et de la forêt où l’été les Toulonnais ou d’autres habitants de la côte Varoise venaient se reposer. Elle est l’une des portes du vaste plateau calcaire qui s’étend jusqu’à la vallée et l'entrée des gorges du Verdon au Nord  qui fait limite avec le département des Basses-Alpes. (A cette époque le lac de Ste Croix n'existait pas)

 Les exploitations forestières étaient nombreuses dans les bois alentours, notamment le bois du Pelenc.  Bon nombre de  réfractaires au Service du travail Obligatoire vont s'y réfugier. Ces exploitations étaient parfois des maquis déguisés. L'un des premier maquis est celui du chantier forestier des Eaux et Forets géré par les résistants Daniel BENEDITE et Roger TAILLEFER. 



Stèle située dans la foret domaniale du Pelenc en hommage aux hommes du camps Robert et aux missions de parachutage de l'Armée Secrète.
Stèle située dans la foret domaniale du Pelenc en hommage aux hommes du camps Robert et aux missions de parachutage de l'Armée Secrète.

C’est là aussi que Louis PICOCHE, responsable maquis du CDL du Var (Comité départemental de la Libération) , avait fait établir un camp de "triage" du maquis A.S (armée secrète) et c’est non loin d’Aups que vint s’établir bientôt le plus important maquis du haut Var, le maquis VALLIER. 

 

De plus, à la fin du printemps 1944, un maquis F.T.P, (Franc Tireur Partisan) le camp ROBERT, s’y établi également, prenant une grande ampleur entre juin et août 1944. Les maquisards jouissaient à Aups, comme dans les bourgades proches (Les Salles, Aiguines, Régusse, Moissac Fox Amphoux etc.) de soutiens solides même au sein de la population. À Aups, le rendez-vous  "Gaullistes" était au restaurant AUTHIEU.  La Résistance locale était reliée au bas pays par l’indispensable lien que constituait le car, et jusqu'à Sillans la Cascade le petit train des pignes qui, difficilement, mais journellement, reliait Toulon, Draguignan et Aups, portant matériel et hommes de la Résistance au milieu de colis et de voyageurs . C’est pourquoi Aups devient en 1944 " la capitale des maquis du Var ". À noter qu’elle avait vu naître l’un des tout premiers comités locaux de libération, en 1943, à l’initiative, notamment de Charles BOYER, ancien conseiller général radical-socialiste du canton, devenu commerçant à Marseille, qui fut fusillé à Signes le 18 juillet 1944.


La place de la mairie dans les années 40, où la jeune Rosette CIOFI fut mortellement bléssée lors de l'encerclement et l'occupation du village.
La place de la mairie dans les années 40, où la jeune Rosette CIOFI fut mortellement bléssée lors de l'encerclement et l'occupation du village.

Le 7 juin 1944, les F.T.P du camp Robert investissent le village et arrêtent 5 « collaborateurs ». Dès que la nouvelle arrive aux oreilles des Allemands de Draguignan, un colonne envoyée par la Feldkommandantur 800, composée de soldats Allemands, de miliciens Français et policiers du Sipo SD,(Gestapo) et de quinze gendarmes français arrivent vers 20 heures à l’entrée d’Aups. Aidés par les résistants du village, les hommes du Camp ROBERT attaquent la colonne.  Essuyant quelques tirs de mitraillettes et un lancé de grenades, les Allemands ont deux morts et trois blessés. Ils repartent sans essayer de pénétrer de force dans le village, mais emmènent deux otages. Un gendarme allemand isolé avait été abattu. Aups devient désormais la cible de l'occupant et des collaborateurs.

 Les Allemands menacent de réagir durement, les autorités françaises, préfet, intendant régional de police et chefs de la Milice négocient et prennent en charge la répression. Les gendarmes refusent d’intervenir, (la plupart d'entres eux sont résistants) c’est la Milice qui en fut chargée. Le 12 juin, la Milice de Marseille sous la conduite de l’intendant de police régional PANABOEUF avec l’appui de la milice du Var, rassemblée à Draguignan depuis le débarquement de Normandie, forte de 200 hommes investit la commune, contrôle les hommes qui sont restés au village, en réquisitionne environs 80 qui sont envoyés en deux groupes au travail obligatoire à Saint-Raphaël et Fréjus. Mais, à l’un des barrages établis à l’entrée Nord d’Aups, route d'Aiguine,  à la "Villa rose", deux maquisards du camp VALLIER, Ernest MILLET de Hyères et le gendarme résistant François DUCHATEL, de la Brigade de AUPS, qui descendaient du Maquis avec une camionnette pour se ravitailler furent interceptés et fusillés car une arme avait été trouvée dans le véhicule.  La Milice arrête un de leurs compagnons et le restaurateur AUTHIEU, elle brûle la ferme MAUREL.

Les F.T.P réfugiés sur les hauteurs du village ont le temps de s' échapper. 


Le lieutenant VALLIER, de son vrai nom Gleb SIVIRINE. alors officier de l'armée des Alpes.Noël 1939
Le lieutenant VALLIER, de son vrai nom Gleb SIVIRINE. alors officier de l'armée des Alpes.Noël 1939

Extrait du cahier de route du commandant VALLIER, chef du maquis : 

Lundi, mon vieux copain MILLET, Ernest MILLET avec qui nous étions déjà si copains autrefois, avant la résistance, au vieux temps des cars Hyères-Tour Fondue, et avec qui insensiblement on était devenu des amis depuis que nous étions “résistants”, MILLET est tombé sous les balles des miliciens. Avec lui est tombé DUCHATEL, un des 3 gendarmes d’Aups qui sont venus pour se battre avec nous et qui depuis longtemps nous aidait, grâce à son métier de gendarme.


Ils allaient pour le ravitaillement à Moissac et à Aups et ont été pris dans une embuscade des miliciens. BOUET, l’un des gendarmes a réussi à se sauver et est revenu au camp le soir tard, et c’est par lui que j’ai appris le traquenard. Il ne savait rien du sort de ses camarades, et c’est le lendemain, par les “on-dit” du pays et le soir par un télégramme officiel adressé d’Aups à Aiguines où habitait la famille de DUCHATEL, que j’ai su la mort de mes deux hommes. Ernest (MILLET) a été tué par une balle en pleine figure et DUCHATEL après avoir épuisé les munitions de son revolver s’est fait tuer au garde à vous. Les miliciens ont laissé les corps dehors au soleil toute la journée avec un écriteau portant: “C’est ainsi que meurent les traîtres de la France”. Et on veut qu’il n’y ait pas de haine entres Français ! ?

 Autrefois je ne voulais combattre que contre les Boches, mais le soir où j’ai appris cela, j’ai juré vengeance à Ernest et à Duchâtel - impitoyable.


Groupe de résistants Aupsois, photo prise sur la place devant le fontaine centrale et le bar toujours présent de nos jours.
Groupe de résistants Aupsois, photo prise sur la place devant le fontaine centrale et le bar toujours présent de nos jours.

Deux jours après, les obsèques des deux fusillés rassemblèrent une grande partie de la population. Maquis A.S et F.T.P se grossirent de nouvelles recrues, les jeunes gens non armés avaient été renvoyés au village. À Aups, le garage ROUVIER devient celui des F.T.P. Ceux-ci, par leurs multiples actions, créèrent l’insécurité sur les arrières des occupants, en particulier autour du 14 juillet. Les Allemands envoyèrent de faux maquisards pour recueillir des informations. C’étaient des éléments du P.P.F incorporés auprès de l’état-major de la 242e division d’infanterie comme éléments Brandebourg et, probablement, des agents femmes de la Gestapo. Certains furent décelés et exécutés. Des agents du Sipo-SD de Draguignan viennent enquêter à Aups le 8 juillet. C’était le prélude à l’attaque d’envergure qui eut lieu le 22 Juillet contre tout le secteur. Ce jour là, le village est occupé à partir de 6 heures du matin par une colonne allemande venue de Brignoles. Une voiture du camp A.S Vallier est interceptée. Deux de ses occupants, Dominique LUCCIANI, un des fondateurs du camp, et Antoine CHAUDE originaire de Cannes sont tués. Les deux autres occupants de la voiture, blessés, peuvent en réchapper grâce aux soins qui leur furent prodigués. Il en ira pas de même d’un camionneur de passage et de la jeune Rosette CIOFI, âgée de 17 ans, mortellement atteinte alors qu’elle tentait de prévenir les maquisards sur la place même du village. Elle mourut le lendemain à Draguignan. Le garage ROUVIER , refuge de maquisards, et les maisons attenantes furent détruits à l’explosif. Pendant ce temps, le Plan de Canjuers/Aiguine était ratissé. Une colonne allemande monte à l’attaque du camp F.T.P ROBERT installé à la ferme La Tardie où les F.T.P venaient d’être rejoints par des hommes du maquis Armée Secrète. Cette attaque allemande entraînera la mort de plusieurs maquisards et civils, 9 hommes au total : deux des chefs du camp ROBERT, Henri GUILLOT et Martin BIAGINI, partis en moto d’Aups rejoindre le maquis après avoir appris qu’il était menacé, deux de leurs hommes, Serge CHIESA et Louis ROUVIER sont tués au camps de La Tardie, l’épicier Louis GAUTIER, membre de l’A.S, venu chercher un médecin au camp F.T.P pour soigner les blessés d’Aups, deux sympathisants du maquis, Fernand SERAFINO et Joseph BONDIL, et deux occupants d’un camion venant des Alpes-Maritimes , Jean BARRUCHI et Jean ROSSI, âgé de 15 ans,  se dirigeant vers la commune de Vérignon. Les fermes furent fouillées et certaines incendiées. Le village de Bauduen est cerné et ses habitants contrôlés. Des résistants sont raflés par l'ennemi à Salernes au retour de l’expédition.


18 Août 1944, Les Alliés sont aux portes du haut Var, ici les troupes américaines de la 45em division d'infanterie débarquée à Ste Maxime viennent de passer Salernes et se dirigent vers Sillans et Aups.
18 Août 1944, Les Alliés sont aux portes du haut Var, ici les troupes américaines de la 45em division d'infanterie débarquée à Ste Maxime viennent de passer Salernes et se dirigent vers Sillans et Aups.

Le Plan de Canjuers est à nouveau la cible d’une nouvelle opération allemande les 1er et 2 août. Deux maquisards FTP – Victor BENOIT et Gustave BERNE sont arrêtés au retour de mission et fusillés non loin du village de Tourtour au Nord Est de Aups. Plusieurs granges sont à nouveau incendiées, mais les maquisards ont le temps de s'échapper. Les Allemands, de retour, prennent à Aups encore 14 otages qui sont conduits à Brignoles. l'un d'eux, Jean MORHANGE nouvellement désigné comme responsable A.S,(armée secrète) va hélas indiquer sous de terribles tortures deux dépôts d’armes alors que Martin CIOFI est relâché et parvient à rejoindre Aups pour prévenir les autres membres. Une nouvelle expédition à lieu le dimanche 6 août : 4 autres fermes sont brûlées mais, prévenus, les résistants du village peuvent encore une fois en réchapper. En revanche, le 12 août les Allemands, toujours accompagnés de leurs auxiliaires Miliciens, P.P.F ou membres de la Brandebourg, procèdent à 12 arrestations de résistants connus et mettent la main sur un dépôt d’armes. La veille, la Wehrmacht avait attaqué le groupement des maquis F.T.P Bas-Alpins et Varois de l’autre côté du Verdon, près de Sainte-Croix-du-Verdon, tuant 19 maquisards dont plusieurs issus du camp ROBERT tel que Floréal FUENTES  et Roger BAUDOIN de Carcès.

Aups sera totalement libéré par La résistance et les troupes Américaines de la 45em division d'infanterie, et du 117em escadron de Cavalerie du 6em corps Américain, appelée "Task Force Buttler" les 18 et 19 août 1944 au prix de lourdes pertes. 


19 Août 1944, Les troupes de reconnaissance du 117em de cavalry américain du 6em corp viennent de passer Aups et traversent Regusse, accueillis par la population
19 Août 1944, Les troupes de reconnaissance du 117em de cavalry américain du 6em corp viennent de passer Aups et traversent Regusse, accueillis par la population

tués du secteur de Aups :

 Maquisards résistants Armée secrète : 

 CHAUDE André, Cannes (Alpes-Maritimes), commerçant

 DUCHATEL François, Aups (Var), gendarme

 GAUTIER Louis, Aups (Var), épicier

 LUCIANI Dominique, Draguignan (Var), ouvrier mécanicien

 MILLET Ernest, Hyères (Var), chauffeur

 

Maquisards Francs Tireurs Partisans :

 BENOÎT Victor, Toulon (Var), ouvrier de l’arsenal

 BERNE Gustave, Draguignan (Var)

 BIAGINI Martin, Aups (Var), bûcheron 

 CHIESA Serge, La Palud (Basses-Alpes), bûcheron

 GUILLOT Henri, Toulon (Var), étudiant

 ROUVIER Louis, La Seyne (Var), marin-pompier

 

Sympathisants de la Résistance et civils :

 BARRUCHI Jean, Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes)

 BONDIL Joseph, Bauduen (Var), agriculteur

 CIOFI Rosette, Aups (Var)

 ROSSI Jean, Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes)

 SERAFINO Fernand, Bauduen (Var), ouvrier agricole

La ville de Aups fera parti des communes de France décorée de la croix de guerre. 

Dans le Var, Les Arcs sur Argens en sera la seconde.



Extrait de la liste des membre F.F.I de Aups rédigée au mois d'Août 1944. Cette liste n'inclus pas les résistants communistes Francs Tireurs et Partisans
Extrait de la liste des membre F.F.I de Aups rédigée au mois d'Août 1944. Cette liste n'inclus pas les résistants communistes Francs Tireurs et Partisans

Travaux de recherches opération-dragoon.com : National Archives USA,  Gleb Sivirine, Le Cahier rouge du maquis, Artignosc, Paroles éditions, 2007. — Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var, 1989 et notices communales dans Résistance Var, bulletin de l’ANACR du Var, chronique « La Résistance de A à Z », 1993-1999. Archives départementales Var. Archives du Musée de Aups.

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