CHANTIER / MAQUIS FORESTIER du Pelenc, Aups-Regusse-Fox-Amphoux

Roger TAILLEFER illustre avec humour la naissance du Pelenc dans une analyse faite après guerre : 

" - Vous prenez trois imbéciles qui croient dur comme fer qu'ils vont sauver la France.

  - Vous ajoutez quelques douzaines de va nu pieds qui ne veulent surtout pas aller en Allemagne travailler pour le S.T.O.

  - Vous soupoudrez le tout de deux bonnes douzaines de parachutes et de containers remplis d'armes. 

 

  - Pendant 15 mois vous faites travailler ces farfelus comme des bêtes au grand sacrifice d'une administration, qui, en raison de l'occupation travaille pour Vichy et en ricochet pour l'Allemagne. Le tour est joué, la farce est terminée.. ou presque ...! "



Cet article est dédié à Daniel BENEDITE , Roger TAILLEFER et Paul SCHMEIRER héros oubliés de la résistance du Sud-Est de la France,  fondateurs du Chantier forestier du Pelenc devenu Maquis, ainsi qu'aux hommes et aux femmes qui ont travaillés sur ce chantier qui allait devenir un véritable maquis de résistants.

Une grande partie de cet article n'est que le résumé et la transcription ,au mot près parfois, des rapports et courriers des hommes du chantier que nous avons pu retrouver au fil des ans, afin qu'aucun opinion moderne de puisse obstruer la véritable histoire de ce chantier devenu Maquis, refuge de ces réfractaires de toutes nationalités qui allaient devenirs de véritables résistants. Tel fut la volonté de BENEDITE et TAILLEFER dans les années 80 afin pour que leurs mémoire ne tombe dans l'oubli.

Une pensée particulière à Maurice TAILLEFER, fils de Roger qui avait 15 ans à cette époque et que nous avons eu le privilège de rencontrer dans les années 1990.

Merci aux archives départementales des Bouches du Rhône et du Var ainsi qu'a la nièce de Théodora BENEDITE.

Véritable livre de bord du chantier forestier, preuve unique au jour le jour de l'activité de celui-ci  retrouvé et conservé précieusement et en lieu sûr par les survivants pour que personne ne s'approprie leurs histoire..
Véritable livre de bord du chantier forestier, preuve unique au jour le jour de l'activité de celui-ci retrouvé et conservé précieusement et en lieu sûr par les survivants pour que personne ne s'approprie leurs histoire..

La forêt domaniale du Pelenc (orthographié Pelenq à l'époque) , couvre une totalité de 1035 hectares, elle est située au Nord-Ouest du département du Var, sur les territoires des communes de Moissac Bellevue au Nord (712 hectares), Montmeyan (255 hectares) à L'Ouest et Fox-Amphoux au Sud (19 hectares) pour un périmètre de 40 kilomètres. 

Cette immense forêt de chênes verts et chênes blancs est exploitée pour son bois depuis des millénaires. 

Après la débâcle de juin 1940 la forêt domaniale du Pelenc est sous contrôle des Eaux et Forêts d'Aix en Provence. Compte tenu des pénuries d'essence, bon nombre de véhicules vont êtres équipés du système Gazogène. Ce système est un appareil raccordé au moteur initial qui permet par le principe de chaudière de produire un gaz combustible à partir de matière solide tels que le bois et le charbon de bois. Il faut donc ces deux matériaux pour leur fonctionnement.

Ce seront des employés de l'arsenal de Toulon qui après juin 1940 construisent une première baraques forestières dans le Pelenc suite à la décision des Eaux et Forêts de créer une école de Gazogène et de carbonisation avec quelques premiers fours installés au lieu dit Magnin.

Ce sera le garde des Forêts André CLAVEL, originaire du Muy, qui après des stages en prendra la direction.

Apprendre la maitrise de ce systèmes Gazogènes était nécessaire. Ces engins compliqués à faire fonctionner pouvaient êtres parfois très dangereux si mal utilisés.

Les premiers stages de cette école seront effectués par les jeunes des chantiers de jeunesse, les compagnons de France et même des particuliers tels que des chauffeurs taxis où des transporteurs qui avaient fait le choix d'équiper leurs véhicules de ce système. 

Dés la capitulation de la France en juin 40 et les nouvelles directives du gouvernement de Vichy et des troupes d'occupation ce chantier devient très vite un refuge pour des personnes recherchées tel que le premier moniteur de l'école de Gazogène monsieur KAUFFMAN qui plus tard rejoindra Alger et le club des pins où il s'engagera dans les Paras de la France Libre. D'après le témoignage du garde André CLAVEL cet homme sera même parachuté dans la région du Muy le 15 août 1944 pour participer à la libération de la Provence.


L'agriculteur, résistant Joseph SUMIEN de Fox Amphoux avec un gazogène fraichement installé sur son tracteur à Essence Fordson. moissons été 1942.


A la mi-mai 1943, le résistant Daniel BENEDITE, sous le pseudonyme de Marcel CORBLET, est alors bucheron dans un chantier forestier de Châteaudouble dirigé par Antoine CABRERA  se blesse gravement à la main, prend un arrêt de travail de 12 jours et rend visite à sa sœur à Antibes. En voisinage de sa sœur habitent monsieur Paul DUCAMP, ingénieur des Eaux et Forêts à Brignoles qui après rencontre annonce à BENEDITE qu'il recherche un entrepreneur capable de gérer un chantier forestier sous contrôle de son service dans la foret domaniale du Pelenc au Sud-Ouest de Aups dans le Var. 

Une deuxième entrevue eu lieu le 23 mai 1943 avec Paul DUCAMP. Daniel BENEDITE est ce jour là accompagné de ses frères d'arme de la résistance Roger TAILLEFER et Paul SCHMEIRER tous deux en charge du Centre Américain de Secours (C.A.S) de Marseille fondé par Varian FRY.

Le C.A.S financera par le biais des Etats-Unis des centres de travaux forestiers permettant ainsi de devenir des refuges à bon nombre de réfractaires et personnes recherchées de toutes origines, de toutes religion et de toutes classes sociales.


Pelenc 1943 : des hommes de BENEDITE entretiennent les fours à charbon de bois sous cloches métallique qui remplacerons les charbonnières a ciel ouvert. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE
Pelenc 1943 : des hommes de BENEDITE entretiennent les fours à charbon de bois sous cloches métallique qui remplacerons les charbonnières a ciel ouvert. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE

plus de 80 ans après, nous avons retrouvé l'une des dernières preuves matérielle du Maquis forestier du Pelenc, les restes d'un des four à carbonisation( noter les deux cheminées qui sont présentes sur le four de droite de la photo de 1944-flèché)
plus de 80 ans après, nous avons retrouvé l'une des dernières preuves matérielle du Maquis forestier du Pelenc, les restes d'un des four à carbonisation( noter les deux cheminées qui sont présentes sur le four de droite de la photo de 1944-flèché)

De cette entrevue BENEDITE signe le contrat d'exploitation de la forêt du Pelenc appelé par l'office des forêts "Centre de carbonisation".

A partir de là une véritable aventure va naitre dans cette forêt faite de bons et de mauvais moments mais avant tout d'une véritable aventure humaine. Petit à petit des hommes arrivent de tous côtés, pas seulement de Provence, mais de toute la France, de l'Espagne, de Catalogne où du pays Basque. Certains recherchés, fuyant les régimes fascistes ou nazi, certain pour échapper au Travail Obligatoire, mais tous ne resterons qu'à une seule condition : Un travail assidu afin de pouvoir contenter les Eaux et Forêts et son garde André CLAVEL qui même si, résistant de la première heure restera très professionnel et ne voudra pas éveiller les soupçons des autorités françaises du régime de Vichy, des Miliciens et des troupes d'occupation. 

BENEDITE explique dans son rapport que ce ne fut que par le travail qu'il pu juger de la valeur de ses hommes.

 C'est à la mi-juillet 1943 que va arriver au camp une personne qui allait devenir le bras droit de BENEDITE en remplacement du juif Paul SHMEIRER qui, recherché, trouvera refuge dans le puit de dôme. Il s'agit de Joseph REBULL, alias Robert VERDEAU.


Printemps 1943 : Deux hommes du maquis du Pelenc, BOIXADE et MESSA sur une meule de bois prête à être enterrée pour commencer sa carbonisation. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE
Printemps 1943 : Deux hommes du maquis du Pelenc, BOIXADE et MESSA sur une meule de bois prête à être enterrée pour commencer sa carbonisation. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE

A cette époque les hommes de BENEDITE arrivent a couper à la hache 2 à 3 stères de bois par jour. En octobre 1943, le chantier fait fonctionner 8 fours à charbon et coupe prés de 50 tonnes de bois par mois. Chaque bucheron est payé 60 francs le stère. Au début ils sont logés dans des hôtels, des meublés où chez des habitants de Aups, Moissac où Régusse puis, en plus de la barraque de l'école de Gazogène construite en 1941, une nouvelle baraque sera construite ainsi qu'une cantine tenue par madame TAILLEFER avant de trouver un cuisinier. Le petit Maurice (TAILLEFER) âgé de 15 ans est souvent de corvée d'eau car seul un puit éloigné peut fournir l'eau à toute cette équipe. 

Le débardage se fait par charrette, et l'enlèvement du charbon par camion quand le temps le permet et que les véhicules ne sont pas en panne.


Extrait du journal du Pelenc qui donne une idée de la vie au chantier - 18 novembre 1943
Extrait du journal du Pelenc qui donne une idée de la vie au chantier - 18 novembre 1943

A la fin 1943, une trentaine de bucherons travaillent au chantier. Beaucoup de monde à nourrir. Souvent madame TAILLEFER dois aller loin dans le département trouver de la nourriture. 

Les ouvriers, réfractaires, devenant nombreux, l'office des forêts accorde un crédit pour la construction d'une citerne à eau, un bauge pour y élever des cochons et même un groupe électrogène en remplacement des lampes à pétrole ou carbure. 

Pour donner une idée de la production pour le compte des Eaux et Forets, entre juin 1943 et le 15 août 1944 le chantier du Pelenc à coupé suivant le livre de comptes 7962 stères de bois et à carbonisé 370 731 kilos de charbon de bois.


Pelenc, Août 1944 : La vieille Buick des Eaux et Forets de Brignoles, équipée de la chaudière gazogène, du garde résistant André CLAVEL qui est régulièrement utilisée par le maquis du Pelenc. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE
Pelenc, Août 1944 : La vieille Buick des Eaux et Forets de Brignoles, équipée de la chaudière gazogène, du garde résistant André CLAVEL qui est régulièrement utilisée par le maquis du Pelenc. Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE

En Mars 1944, les gendarmes de Aups viennent faire des contrôle d'identité et fouillent le baraquement.  C'est en ce début mars 1944 que le chantier deviendra Maquis. 

CLAVEL le garde des Eaux et Forêts qui gère le chantier est un résistant de la première heure. Il a déjà fait cacher dans une ruine proche du Pelenc près de 2500 fusils récupérés lors de la débâcle de l'armée des Alpes. Ces armes serons ramenées à Regusse par le maire Raymond TRUC avec sa charrette et son cheval qui les cachera dans les locaux des eaux et forêts et les distribuera pour armer la Résistance locale lors des combats de libération. CLAVEL travaille également avec le groupe de résistants d'Aups. Il met à disposition des hommes de BENEDITE, de plus en plus nombreux, 3 camionnettes pour les livraisons de bois et charbon mais aussi pour leur ravitaillement.

Avec BENEDITE, TAILLEFER il prospectent pour un terrain.

Ce sera en relation avec le lieutenant PICOLLET de l'O.R.A. du sous secteur N°4 que l'opération pourra avoir lieu.

Au final, sur les deux terrains, un seul est homologué et le parachutage aura lieu dans la nuit du 10 au 11 mai 1944. Le message de la BBC, en premier lieu :"Les narcisses fleurissent dans la prairie" est modifié début mai par :  "La voiture de monsieur le conte est avancée".


Moissac 1944 : Monsieur TRUC sa charrette et son cheval qui permit le transport des armes de la Résistance. A ses cotés Daniel BENEDITE, sa fille Caroline et deux hommes du maquis.Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE
Moissac 1944 : Monsieur TRUC sa charrette et son cheval qui permit le transport des armes de la Résistance. A ses cotés Daniel BENEDITE, sa fille Caroline et deux hommes du maquis.Source fond privé UNGEMACH-BENEDITE

 Le parachutage ne fut pas impeccable, l'avion ayant longtemps cherché le terrain et ayant rodé au dessus de la baraque prés de deux heures. Un container s'ouvrit et il fallut les jours suivants rechercher minutieusement les pièces détachées des mitrailleuses et leurs munitions. Enfin, deux parachutes tombés très loin du terrain ne furent retrouvés que quelques jours après. Trois lots furent faits. Un pour équiper la compagnie du Pelenc, le reste, un part pour Aups, une autre pour Barjols.

Une discipline renforcée allait préluder les pensionnaires du Pelenc. Toute autorisation de quitter le chantier fut refusée et surveillance spéciale sur les éléments douteux. Tout manquement à la discipline et à la discrétion fut passible de la peine de mort. Enfin, l'interdiction formelle fut faite de cacher dans la baraque ou de porter sur soit quoi que ce soit qui provienne du parachutage.

 récit du parachutage vu par André CLAVEL :

" Je crois bien que nous étions que 4 ou 5 français, les autres étaient des espagnols. En ce qui me concerne, sitôt après le ramassage des colis et des parachutes il fallut faire vite. J'avais préparé des tas de pierres où nous avons placés les colis. Les parachutes furent tous incinérés dans les fours à charbon. GARCIN de Barjols vint avec sa camionnette prendre livraison des armes camouflés sous des tas de charbon. PICOLLET est venu avec sa moto sur laquelle il emporta la valise du poste émetteur qui avait était parachuté."


L'activité au chantier reprend le lendemain même. Les précautions ordonnées par BENEDITE et TAILLEFER s'avérèrent efficaces 

Le 18 mai, le camps est encerclé par 80 ou 90 allemands.

L'interrogatoire se termina mieux qu'on aurait pu penser. Une fouille minutieuse de la baraque ne fit découvrir rien de suspect. Les quarante hommes interrogés ne donnèrent pas le moindre indice et leurs papiers parurent réguliers. Ce qui sauva le groupe de maquisard fut sans doute la tenue impeccable des livres de comptes et l'importance de la production. Sans doute le Pelenc avait fait l'objet d'une dénonciation anonyme. BENEDITE prétendit que les signaux que l'"on" disait avoir vu ne pouvait provenir de signaux pour l'aviation mais des meules de charbon de bois entretenues la nuit.

Toutes ces explications détendirent l'atmosphères. Ce jour là, jour de l'ascension était chômé, et l'aspect des ouvriers prenant des bains au soleil, et jouant autour de la baraque, quelques femmes du village venues nous rendre visite n'eut rien qui puisse évoquer aux allemands de près ou de loin un groupe de "terroristes".

Ils emmenèrent tour de même Daniel BENEDITE, VERDEAU, GOLDSTEIN et deux espagnoles sont arrêtés pour des papiers non en règles ou douteux dans leurs fabrication. Ils sont conduits à la feldgendarmerie de Brignoles, puis à la gestapo de Draguignan le 26 mai et de là à la prison des Baumettes à Marseille le 1er juillet. 

 C'est la femme de BENEDITE , "Théo", qui assume assistée de JOVELLI la direction du Maquis Elle réussi à en conserver l'intégralité sinon de tous les membres tout au moins des cadres. Le premier juin 1944, ce sera le capitaine ABIVEN et le lieutenant COUSTELIN, désignés par les eaux et forets, qui en prennent la direction. 


magnifique photo de Daniel UNGEMACH BENEDITE ( lunettes, au centre mains dans les poches) et quelques un de ses valeureux bucherons, tous la hache a l'épaule.
magnifique photo de Daniel UNGEMACH BENEDITE ( lunettes, au centre mains dans les poches) et quelques un de ses valeureux bucherons, tous la hache a l'épaule.

 Le 6 juin, à l'annonce du débarquement de Normandie, Aups fut pris par les résistants et les collaborateurs fusillés. Il ne faut pas oublier que dés le 7 juin, les FTP investissent Aups et que le 12 la représaille sera terrible. CLAVEL lui, avec une autre équipe du Pelenc reçoivent l'ordre d'effectuer des barrages sur la route départementale au niveau de Fox-Amphoux pour le cas d'une éventuelle retraite allemande si un débarquement simultané sur les plages de Provence devait  avoir lieu comme cela avait été annoncé. Hélas il n'en fut rien et l'équipe rejoint le chantier et reprend l' activité forestière jusqu'au véritable débarquement le 15 août 1944.

Ce sera un des hommes de CLAVEL, le bucheron Aupsois Roger COURBIS qui sera grièvement blessé lors d'entrainement au tir le 20 juin. Il sera amené à l'hôpital de Draguignan où il va mourir soit de suite de sa blessure, soit des interrogatoires de la gestapo.

ABIVEN n'ayant pas l'étoffe d'un cadre et d'un meneur d'hommes, suite à tous ces évènements, le maquis petit à petit se disloque, plusieurs groupes se formèrent. Seul un minorité resta sur place. Les Espagnols prirent les armes et partirent pour les Pyrénées, où ils aidèrent à la libération de l'Ariège. Deux autres groupes armés restèrent dans la région. L'un sur la ligne du Verdon du côté de Quinson, où ils se battirent avec les américains après avoir rejoint la compagnie des hommes du lieutenant VALLIER. L'autre, rejoignit le maquis F.T.P de Sainte croix du Verdon qui fut attaqué début août ils décrochèrent vers le Sud pour se battre avec la 1ere compagnie FTP de Provence dans le secteur de Fayence-Montauroux.

Pour le groupe resté au baraquement du chantier, ce sera le 18 août 1944 que les américains arrivent au camp du Pelenc. Hélas un des hommes du maquis posté en surveillance ne reconnait pas les alliés et tire une rafale de mitraillette et alerte le camp. Un blindé riposte et une rafale est tirée dans un des baraquement avant que la confusion soit dissipée sans faire ni mort ni blessé. Des maquisards montent alors sur les véhicules alliés et roulent en direction de Moissac, d'autres en direction d'Aups où des allemands sont signalés d'autres en directions de Fox-Amphoux puis Tavernes.

 

Le 19 août certains combattent déjà sur St Maximin, d'autres le 20 à Brignoles. Les Hommes du Pelenc entrent enfin en action et se battrons dignement pour la libération de Provence.

18 août 1944, les troupes alliées de la 45em division d'infanterie entrent dans Regusse avec les résistants du Pelenc.
18 août 1944, les troupes alliées de la 45em division d'infanterie entrent dans Regusse avec les résistants du Pelenc.

 Voici la théorie écrite par BENEDITE sur des combats isolés, allusion faite à de nombreuses actions qui ont menés à des représailles meurtrières :

" Je vous rappelle que, en décidant d'accepter la proposition des Eaux et Forets de créer ce chantier, les trois fondateurs du Pelenc appartenaient à des mouvements et des réseaux de résistance et bien entendu nous avions une idée derrière la tête. Mais ce n'était pas une chose à prendre à la légère. Il y avait eu, déjà ici et là des exécutions punitives, des massacres, des représailles et nous estimions que l'activité de ce groupe armé prématurément ne présentait aucun intérêt pour affaiblir l'occupant.

Pour nous, dégommer un motard fridolin isolé allant admirer les gorges du Verdon, à supposer que nous ayons des armes, ne constituait en aucun cas une prouesse "résistante".

Nous pensions qu'une opération ne pouvait avoir d'efficacité stratégique et même tactique que si elle était concomitante d'un débarquement en Provence. Ce qui permettait de harceler un ennemi ayant a faire face à une puissance offensive, en perturbant ses lignes de communication, en sabotant ses transmissions ou en lui coupant la retraite.(Sabotages ponts, rails par exemple).

Voilà pourquoi, tout en continuant l'écrémage du Pelenc nous avons différé la transformation en maquis en faisant le moins possible de vagues en conservant notre couverture de chantier avec l'administration des Eaux et Forets. J'avais bel et bien rencontré SOLDANI en novembre 43, et FONTES en janvier 44 à Draguignan et je pense que les choses auraient évolué autrement si je n'avait pas été arrêté le 18 mai.

Mes hommes n'ont pas combattu comme une unité constituée, mais la plupart d'entres eux ont étés transformés et prédisposés a ce que nous attendions d'eux. 

Ils ont activement participés aux combats pour la libération de Provence selon mes intentions. 

Je n'ai jamais été tenté, comme d'autres, de me vanter d'avoir formé des héros à partir de bucherons et de charbonniers mais je me félicite d'avoir donné à mes hommes l'occasion de se montrer des "garçons bien", qui peuvent se dire qu'il se sont mieux conduits pendant l'occupation qu'au moins 95% des Français. 

signé : BENEDITE



En 1980, TAILLEFER et BENEDITE se réunissent une dernière fois avec leurs hommes, leurs frères d'armes encore vivants qu'ils ont réussis à retrouver et après leurs repas TAILLEFER terminera par ces mots qui servirons de conclusion à cet article : 

Mes chers camarades du Pelenq, 

Beaucoup trop de gens qui se prétendent de grands résistants n'en ont pas tant à faire voir. Je n'ai aucun grief contre ces gens là. C'est vous que je défends. 

"Beaucoup sont morts cueillis à froid comme DUCHATEL et MILLET, fusillés sur place, comme les gens du Bessillon tués sans armes, sans avoir tirés un seul coup de feu sur les allemands.

Est ce faire la guerre ? non c'est un massacre. Les cyniques diront que la résistance avait besoin de martyrs pour justifier son existence. Quand à moi, j'ai toujours pensé qu'il valait mieux être vivant et ignoré de tous qu'un glorieux mort sur un monument que personne ne viendra plus fleurir.

"  N'oubliez pas mes chers amis qu'il s'en est fallu de très peu pour que vous passiez à la casserole. Si le 18 mai 1944, les allemands avaient trouvé le stock d'armes que nous avions caché, ce ne serai pas dans un annuaire téléphonique que j'aurai retrouvé vos noms et adresses, ce serai sur une monument aux morts dans un coin quelconque du Var, à moins que vos cendres ne se soient confondues avec celles des nombreux martyrs du nazisme dans un four crématoire des camps de la mort. 

Si au début vous êtes venus au Pelenc pour vous cacher, le 15 août 1944, vous étiez devenus des résistants, de vrais résistants. 

Que ceux qui nous lirons n'oublient pas que le Pelenc est un des rares endroits hostiles à Vichy et aux Allemands qui à duré 451 jours."

Signé : Roger TAILLEFER.


Travaux de recherches operation-dragoon.com, correspondances avec la nièce de Théodora BENEDITE, rencontre avec Maurice TAILLEFER-1990, Sources : Archives départementales Bouches du Rhône, Var, Paris Vincennes. Mémoires de Daniel BENEDITE " Un chemin vers la Liberté"


Une stèle fut érigée dans les bois du Pelenc mais ne mentionnant que le terrain parachutage secteur Aups- A ce jour, aucune stèle rend hommage aux hommes de BENEDITE et au Maquis forestier
Une stèle fut érigée dans les bois du Pelenc mais ne mentionnant que le terrain parachutage secteur Aups- A ce jour, aucune stèle rend hommage aux hommes de BENEDITE et au Maquis forestier