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RAMELLA Jean Baptiste, AS/Mithridate, La Motte, Var

Jean Baptiste RAMELLA est né à La Motte dans le Var le 05 décembre 1925. Engagé comme élève mécanicien le 28 juin 1940, il sera renvoyé dans ses foyers le 15 aout de la même année. Dés l'occupation de la zone sud, il se rapproche André Bauchière qui vas lui présenter monsieur Destrelle de Fréjus dont il dépendra directement. Il est engagé comme agent de renseignement dans le réseau Mithridate sous le matricule 551, au début du mois de juin 1943 , ce réseau, fondé dés juin 1940 par Pierre Herbinger à la requête du MI-6 fut un des plus important regroupant plus de 1600 agents spécialisés dans le  renseignements militaire sur toute la France, La Belgique et le Nord de l'Italie. Ce ne sera qu'en Mai 1943 que Herbinger rejoint Londres et réussi a faire homologuer ses agents par le B.C.R.A.

Pierre HERBINGER, chef du réseau Mithridate
Pierre HERBINGER, chef du réseau Mithridate

Herbinger sera arrêté, torturé plusieurs fois, mais il réussira a chaque fois a s'évader. Après la guerre, il reprendra son métier d'ingénieur et deviendra PDG de la mine de Garrot dans le Var. Il décèdera hélas dans un accident de voiture à Cannes en 1972 et sera inhumé à St Raphael.

Jean Ramella servira le réseau Mithridate jusqu'en septembre 1943, il passe ensuite dans le réseau " France au Combat" et continue ses actions de renseignements. Au mois de Janvier 1944, il deviens second de André Bauchière, le chef local de l'A.S.(armée secrète) ils vont ensembles sur la demande de Londres dés le mois de février inspecter les bois qu'il connais si bien et qui seraient propices à un terrain de parachutage.. il vas également recruter et augmenter son groupe de résistance. Au mois de Mars, après les diverses études, un terrain sera retenu dans les bois de Peyblou où avec son équipe ils vas commencer le déboisement et l'organisation de ce terrain pour, comme l'avait demandé Londres, une bonne "visualisation Optique des pilotes"  A partir du mois de mai, il passe chef de groupe il organise et prend part au sabotage de la ligne haute tension de la route de Grasse au nord de la Motte.

Après le 6 juin, application du plan national d'insurrection sur le secteur.

En juin et Juillet, exécution de deux messages de Londres pour la réception de parachutages d'armes et de matériel.

C'est aux environs du 25 juin que Jean Ramella sera contacté pour une mission de la plus haute Importance le 27 juin au matin. Une opération commando pour la délivrance du chef de la résistance Paul Bertin arrêté le 23 juin par dénonciation d'un agent de la gestapo infiltré au sein de son réseau et incarcéré dans les cellules de Draguignan. Bertin risquait de donner la totalité des membres et de ses chefs. Son évasion était primordiale.

Voici le récit de Paul Bertin rédigé par lui même en 1945 :

 

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…Emmené le jour même à Draguignan avec Monsieur Arnaud, maire de Pourcieux, et un jeune homme qui avait abandonné le maquis, nous fumes mis en cellule.
Le 26 juin 1944 après-midi, commença mon interrogatoire.
Etaient présents : Hugo Schmith (de son vrai nom Hugo Brunning) qui retraçait au lieutenant tout ce que j'avais fait pour le maquis, tous les transports de vivres, d'armes, d'hommes, de Toulon, Hyères, La Crau, Le Luc, Pignans, Le Pradet, Ginasservis...etc, les chefs de Résistance qui faisaient la liaison des villes de Toulon, Marseille avec le maquis que je faisais coucher et manger.
Sachant la responsabilité que j'avais, l'honneur de la famille, l'honneur d'un français devant l'ennemi, malgré les paroles douces, malgré les menaces, je n'ai pas donné un seul nom.
Devant ma résolution à ne pas parler, ils furent fous furieux. Hugo Schmith se transforma en bourreau. De toutes ses forces à toute volée, j'ai reçu des revers de main, des coups de poing au visage, jusqu'à ce que je sois contusionné et couvert d'ecchymoses (pendant plus d'un mois je n'ai pu dormir sur mes oreilles).
N'ayant pas obtenu plus de résultats, l'on me fit déshabiller et je fus mis dans une baignoire qui fut remplie d'eau glacée. Il y avait 15 minutes que j'étais dans la baignoire, lorsque le lieutenant s'avance vers moi et me dit: "vous n'avez pas voulu parler sous les coups; mais là, vous parlerez bientôt. D'ailleurs personne ne résiste plus de deux heures. Vous mourrez dans le bain."
Les quarts d'heure passaient; l'on venait me demander si j'étais décidé à parler; je répondais toujours que je ne pouvais dire davantage que ce que j'avais dit. L'on me plongeait la tête entière dans l'eau, alors je me débattais; je m'étouffais; et l'on me disait : "Mais ne souffrez pas inutilement; dites nous les noms des chefs que vous logiez chez vous; donnez nous des noms, et nous vous ferons sortir de cette baignoire glacée."
Au bout de deux heures, voyant que l'on n'obtiendrait rien de moi, le lieutenant se mis à taper à la machine mon interrogatoire. L'interprète qui faisait les cent pas entre la baignoire et le lieutenant, lisant parfois par dessus l'épaule, vint à ce moment vers moi et me dit brutalement : "Comment vous avez le toupet de dire que les Allemands sont des ...". Sur ces mots le lieutenant le rappelle brutalement et ne souffle plus mot. Un moment après, l'on me sortit de la baignoire dans un triste état. Je ne pouvais plus parler. Plus tard, l'on me ramena dans ma cellule où, pendant toute la nuit, je réfléchis sur les paroles de l'interprète.
Le lendemain à midi, le bourreau en me donnant ma ration me dit d'un air sauvage : "Hier soir tu n'as pas parlé, mais cet après midi, je t'assure qu'on te fera parler, tu vas voir, on te fera parler".
A ce moment là en réfléchissant, je compris ce qu'on allait faire de moi, et je décidais de me tuer.....

Ma résolution fut irrévocablement prise : pour être sûr de ne pas parler, il faut se tuer, car pendant la torture l'on pouvait parler malgré soi. C'était le 27 juin 1944. L'officier de transmission avait dit que le débarquement pourrait avoir lieu le 27 juin; alors si je me tue et que le débarquement ait lieu dans quelques heures... Je décidai d'attendre jusqu'à la dernière minute....

J'attendis patiemment; je ne puis dire combien... La porte s'ouvrit, le bourreau entre, puis l'interprète et quatre hommes bien armés, bien astiqués. Le bourreau gueula d'ouvrir ma cellule. Je sautais de mon perchoir. Je me plongeais le couteau dans la région du coeur; il ne rentra pas, il y avait une côte. Il faut recommencer : cette fois il rentre jusqu'au manche.
Je râlais, mais je compris que je ne serais pas encore mort quand ils seraient près de moi. Alors je me tranchais le poignet, et le sang coula comme lorsqu'on saigne un cochon... A bout de force, je m'allongeai sur mon bat-flanc... La porte s'entrouvrit, le sang inondait la cellule. Le bourreau reste stupéfait sans pouvoir prononcer un mot...

L'on me pansa, l'ambulance arriva et l'on me transporta à l'hôpital civil de Draguignan, où le lieutenant croyait que le service funèbre ferait le reste le lendemain.
Malgré le poumon perforé je m'en tirais. Nuit et jour un gardien de la Paix était de garde devant la porte. Quelques jours après, ma femme put venir me voir, avec les complicités du personnel.. ».

Paul BERTIN
Paul BERTIN

 Cette évasion fut organisée avec la complicité de mademoiselle Vidal, fille de l'ingénieur des ponts et chaussées. elle est infirmière  à l'hôpital où il à été transporté et ensembles ils préparent son évasion. Son père est prêt à fournir une 402 Peugeot des Ponts et chaussées qu'il lui reste.

Voici le récit de l'évasion spectaculaire de ce 27 juin qui sera menée par Jean Ramella, et Maurice Michel de La Motte, avec Louis Casanova et Aiguier du Maquis Vallier, alors que le conducteur se nomme François Carpinetty. Tous cagoulés ils sationnent la voiture sous l'hôpital. lavoir de Folletière.

Bertin Raconte : " Nous commençons, avec des amis de Draguignan, à préparer l'évasion qui a eu lieu le 27 juin 1944 à vers 8h30 du matin.
Mais, depuis 8h l'infirmière m'a averti que j'étais sortant, que la Gestapo venait me reprendre à 10 heures. De 8 à 9 heures, oh ! que cette heure a été mauvaise ! Avoir par miracle échappé à la mort et aller à nouveau dans les mains de ces gens là, c'était terrible.
Enfin...arriva une auto... des bruits dans le couloir...la porte s'ouvrit et quatre hommes masqués, mitraillettes en mains, s'écrièrent ; "Bertin ! Vite ! Vite !".
Je partis en courant, tout nu, dans la voiture... Je vis les agents les bras en l'air. On les enferma dans ma cellule, et nous partîmes...
La voiture des Ponts et Chaussées, qui n'avait pas roulé depuis 8 ou 9 mois, avait la tuyauterie d'essence encrassée, et nous restâmes en panne à deux cent mètres de la Gendarmerie. Le chauffeur démonta la tuyauterie. Pendant ce temps, nous montions la garde, pistolet au poing. J'étais content d'être armé; j'étais ainsi sûr que la Gestapo ne pourrait me reprendre vivant. Enfin l'essence arriva, et nous partîmes.
Un peu avant Flayosc, nous arrivâmes devant un pont qui avait un énorme trou au milieu; après examen, nous tentons de passer.
C'est ce pont sauté qui nous avait sauvés, car les Boches le sachant, s'étaient élancés à notre poursuite sur les trois routes qui partaient de Draguignan, plein gaz; qu'ils ont bien été inspirés les réfractaires qui ont fait sauter ce pont pendant la nuit.
Après une crevaison, un éclatement, nous arrivâmes à Aups. L'on nous répara, et nous partîmes pour le camp des FFI du lieutenant Vallier au bord du Verdon, en face de Montpezat. Là je fus très bien reçu par le lieutenant, par ses hommes, et le commandant du camp que les hommes appelaient le patron, Monsieur Picoche

Jean Ramella se souviens :" non seulement cette foutu voiture ne marchais pas mais une fois arrivé devant la poste de Draguignan, un gars de la résistance nous attendais et il a fallut que nous lui rendions la mitraillette qu'il nous avait prêté... seul Bertin conserva ce ridicule 6.35mm..."

Le rôle de Jean Ramella au sein des différents réseaux et de la résistance  sera fondamental pour le succès du débarquement de Provence. Malgré sa grande modestie, ce ne sera que quelques mois avant sa disparition qu'il acceptera de se confier à nous.

"J'avais la chance de pouvoir circuler assez librement à bicyclette le long des côtes du Var et parfois des Alpes maritimes. J'avais avec moi une petite boite métallique avec à l'intérieur la mine d'un crayon et un paquet de papier à cigarettes. Je parcourais ainsi les routes et à chaque construction, à chaque rassemblement de troupes ou de véhicules je noté presque imperceptiblement tout ce que je pouvais voir. Les quantités de chars...de canons... de mitrailleuses.. les symboles sur les véhicules.. etc...mon chef direct était Charles Boyer, du réseau Brutus. La "boite à lettres"  était une magasin, rue de la palud dans Marseille et je descendais en train, environ chaque mois lui confier mes annotations. Il m'est arrivé lors d'une fouille de devoir faire disparaître mes documents. J'avais toujours avec moi au fond de ma poche un morceau de mie de pain rendant ainsi le papier cigarette plus facile à avaler !.."

Cela fonctionna parfaitement bien, jusqu'à ce jour ou Boyer me demanda de ne plus venir. " Jeannot reppart immediatement et met toi aux ordres du commandant Blanc aux Arcs, j'ai été vendu par mon employé pour quelques milliers de francs...."

Charles Boyer fut arrêté ainsi que son épouse le 11 juillet 1944, son magasin devint une véritable souricière, c'est là qu'eu lieu le 12 l'arrestation de Georges Cisson, membre du directoire des mouvements unis  la résistance R2. Par ces quelques mots Boyer sauva la vie de Jean Ramella qui aurait sûrement subis le même sort.

 

Charles BOYER
Charles BOYER

Cisson, Boyer et 26 autres membres de la résistance Sud seront torturés puis fusillés dans un vallon près du village de Signes le 18 juillet.

Puis arriva le jour tant espéré, La nuit du 14 au 15 aout 1944 ou eu lieu sur la plaine de la Motte la plus vaste opération aéroporté du sud de la France qui fit de la Motte, le 1er village libéré de Provence..  Jean participa une fois de plus aux combats de libération du secteur, et servis de guide aux parachutistes alliés les 15 et 16 aout.

Il se recevra pour ses faits de guerre la croix de guerre avec étoile de bronze par décret n°44 du 14-12-1946.

Jean Ramella nous à quitté le 25 Octobre 2015 en toute discrétion et modestie , tout à l'image de ce grand monsieur que nous avons eu le privilège de rencontrer et d'écouter pour aujourd'hui pourvoir lui rendre cet hommage... Reposez en Paix Monsieur Jean...

 

 

(Article réalisé grâce à de longues heures et journées de travail aux archives du ministère de la défense à Vincennes et à nos rencontres avec monsieur Ramella .Toutes copies partielle ou complète de cet article nécessitera une demande auprès du webmaster.)